L’APF à l’ONU : le journal de bord

18.07.2017

Suivez la participation de l’APF au Forum politique de haut niveau sur le développement durable réuni à l’ONU, du 10 au 19 juillet, sur le thème de « l’Eradication de la pauvreté et la promotion de la prospérité dans un monde en mutation ». Avec Pascale Ribes, vice-présidente de l’APF, et Véronique Bustreel, conseillère nationale Travail-Emploi-Formation & Ressources.

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Jour 1, lundi 10 juillet : Ouverture du Forum politique de haut niveau pour le développement durable

Une grande première : le thème de la pauvreté des personnes en situation de handicap à l'ONU. Ainsi, dès l’ouverture, lors de son intervention, M. Wu Hongbo, Secrétaire général adjoint des Nations Unies pour les affaires économiques et sociales, cite les personnes handicapées. Il pointe en particulier les personnes en situation de handicap comme une population particulièrement vulnérable et affirme l'importance de collecter des données les concernant.

La journée est ensuite consacrée à un bilan intermédiaire sur les objectifs de développement durable (ODD) et leur mise en œuvre au niveau global et régional, puis à la mise en perspective des effets croisés et de la nature multidimensionnelle de la pauvreté : accès à la santé, au travail, égalité homme/femme, accès aux biens essentiels (eau, nourriture...).

Une première conséquence : la secrétaire générale de l'Unece (Commission économique pour l'Europe des Nations unies, en anglais United Nations Economic Commission for Europe) a demandé à rencontrer une délégation de personnes en situation de handicap représentant l'Europe.

A noter l’après-midi, la prise de parole d’Eeva Tupi qui représente le WDF (Forum mondial des sourds) à l'ONU. Elle souligne que les personnes en situation de handicap sont souvent les plus lourdement touchées par la pauvreté, que les actions engagées pour lutter contre la crise économique doivent s'appliquer aux personnes et à leur famille pour les sortir de la pauvreté, seul moyen d'atteindre le développement durable (DD) pour tous. Elle appelle les Etats à respecter leurs engagements, recommande d'introduire des mesures et politiques pour s'assurer notamment que les personnes en situation de handicap, notamment les femmes, les enfants, les jeunes, les personnes âgées et les minorités indigènes, sont protégées et bénéficient équitablement des programmes d'éradication de la pauvreté, de développement et de création de richesse.

Les tweets du jour

Les ODD 1 (plus de pauvreté) et 2 (zéro faim dans le monde) ont été examinés. Plusieurs populations vulnérables ont été pointées dont les personnes en situation de handicap. Lors de l’examen de l’ODD 1, un focus a été fait sur la protection sociale. Ainsi, « la protection sociale varie dans les pays au détriment des populations les plus vulnérables ». « Seule 50 % de la population mondiale est couverte par au moins un élément de protection sociale » : 28 % des personnes en situation de handicap sont couvertes, 30 % des enfants, 41 % des femmes et 68 % des personnes au-delà de l'âge de la retraite.

3 séquences marquantes

  • Des références aux personnes en situation de handicap par les intervenants en tribune illustrant le déficit d'accès à une protection sociale suffisante des personnes les plus sévèrement handicapées. Les représentants de la Suisse et du Kenya ont explicitement fait référence à cette population particulièrement vulnérable.
  • Lors des échanges de l'après-midi, le rôle des parties prenantes a été mis en valeur. Le groupe des personnes en situation de handicap était représenté par José Maria Viera. Il a souligné en particulier l'importance des discriminations multiples/intersectionnelles que les personnes en situation de handicap vivent. Pour lui, il est essentiel que la société civile s'empare de des ODD et de l’Agenda 2030, levier de discussion et d'évaluation majeure des politiques publiques.
  • Un rendez-vous du Forum européen des personnes handicapées (FEPH/EDF) et de l'APF a été organisé avec UN-Women (entité de l'ONU créée en 2010 pour l'émancipation des femmes) à sa demande. Il prépare la revue de l'ODD 5 sur l'égalité homme-femme de mercredi. UN-Women est très concernée par le sujet. 60 % des personnes en situation de handicap dans le monde sont des femmes, soit plus de 650 millions de femmes. 1 femme sur 5 dans le monde vit en situation de handicap.

Il est indispensable de prêter davantage attention à ce sujet. Les relations entre UN Women et le Forum européen/EDF vont donc être renforcées au niveau européen avec leur représentation à Bruxelles. En septembre, UN-women définira son plan stratégique : la place des femmes et des filles en situation de handicap doit naturellement y trouver sa place.

Les tweets du jour

Au programme de la journée : examen de l'ODD 3 (santé) et de l'ODD 5 (égalité des sexes).

Concernant la santé :
Beaucoup de progrès ont été réalisé depuis une quinzaine d'année mais de grands défis restent à relever par rapport à la santé : l'avancée en âge, le handicap, la résistance aux antibiotiques, les changements climatiques, les dégâts environnementaux et la pollution, la santé mentale, les migrations et l'urbanisation.
Certains publics ont des problématiques liées à la santé spécifiques, notamment les personnes en situation de handicap.
5 recommandations sont formulées par le groupe des personnes handicapées :
1) Instaurer une couverture santé universelle
2) Renforcer les systèmes de santé, les rendre accessibles et inclusifs, et garantir l'implication des personnes concernées dans le développement, la mise en place et le suivi des politiques de santé
3) Garantir la non discrimination, le respect de l’autonomie, former les personnels de santé. Sensibiliser à la santé des femmes et filles handicapées.
4) Garantir l'accès aux aides, financements publics et à l’assurance santé et prohiber toute discrimination par les compagnies d'assurance sur la santé
5) Abolir les traitements involontaires et les institutionnalisations forcées

Concernant l'égalité des sexes
En dépit des efforts importants réalisés par les Etats pour l'égalité des sexes et l'émancipation des femmes et des filles, elles continuent à être sujettes aux discriminations, à la violence et se voient dénier la pleine réalisation de leurs droits humains.
Ana Peláez Narváez, vice-présidente de EDF/Forum européen pour les personnes handicapées, a pris la parole.
1 femme sur 5 est en situation de handicap dans le monde, soit environ 650 millions de femmes et de filles. La vulnérabilité important et le taux élevé de discrimination dont elles souffrent est combiné à une négation de leur situation de femme qui les soumet à des pratiques inacceptables de violence, l'exploitation, la pauvreté, des accès difficiles à la justice, des droits sexuels et reproductifs limités voir refusés (stérilisation forcée) notamment.

A noter également :

  • Un nouveau rendez-vous organisé dans l'après-midi avec Olga Algayerova, la secrétaire générale de UNECE, cette fois-ci avec l'ensemble des représentantes des différents groupes de femmes (travailleurs, jeunes, personnes âgées ...) y compris les femmes en situation de handicap. Il s'agit ensemble de promouvoir les droits et l'égalité pour toutes.
  • La participation de l’APF à un évènement parallèle organisé par ATD quart monde, UNDESA (département des affaires économiques et sociales de l'ONU et la mission permanente de la France aux Nations Unies) relatif à la participation des personnes concernées. Deux témoignages marquant de femmes qui ont mis en exergue la pauvreté dans les pays riches : "Investir dans les personnes, telle est la clé".
  • Une rencontre avec Hayet Zeggar, conseillère (depuis juin) à la mission permanente des Nations Unies : "Il s'agit de promouvoir non seulement les ODD mais aussi les droits humains."

Au programme de la journée : examen de l'ODD 9 (infrastructures résilientes, industrialisation durable et développement de l'innovation), de l'ODD 14 (mers et océans) et de l’ODD 17 (partenariats).

L'ODD 9 est l'un des plus importants pour ne laisser personne de côté : « Leave noone behind. »
3 recommandations pour associer et favoriser la participation des personnes handicapées à cet ODD :

  • Anticiper, être proactif et intégrer le principe de conception universelle "universal design" et la dimension d'accessibilité dès le début. La solution principale doit toujours être l'accessibilité à tous !
  • Développer l'industrie et l'emploi des personnes handicapées dont le taux de chômage est très élevé en l'incluant dans le développement des industries nouvelles qui sont la clé du futur.
  • Se saisir des nouvelles opportunités offertes par les technologies par la mise à disposition de technologies d'assistance, le développement de la formation (à l'utilisation de ces outils et services),  à un coût abordable, afin que le fossé entre ceux qui y ont accès et les autres ne se creuse pas davantage.

Pour Arne Holt, ancien président de WBU (union mondiale des aveugles), une telle démarche serait politiquement et économiquement bonne pour la société et l'entreprise. A défaut il s'agit d'un gâchis, notamment économique. Les personnes en situation de handicap ne sont pas un poids, elles sont une ressource, elles contribuent à la société.

Quant à l'ODD 17, il doit veiller à prendre en considération les groupes vulnérables dans sa démarche globale.

A noter : une conférence spécifiquement dédiée au handicap, proposée en coopération notamment par le Forum Européen des personnes handicapées (FEPH) et International Disabilities Alliance.
Beaucoup de succès avec plus d'une centaine de personnes réunies pour dialoguer. Plusieurs représentants de différents pays sont intervenus : Bulgarie, Autriche, Equateur, Danemark, Nigeria, Australie, Guatemala, Monde arabe, Argentine, Royaume-Uni, Union européenne.

Les acteurs présents font le lien entre la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées (CIDPH) et l'Agenda 2030. Ils réaffirment la nécessité d'agir pour l'inclusion et sortir les personnes en situation de handicap d'un état de pauvreté constaté partout dans le monde.
L'Agenda 2030 est un levier puissant de participation dont on doit se saisir pour impliquer, mobiliser mais aussi pour faire des personnes en situation de handicap des partenaires de la réalisation des objectifs de développement durable.
Un nouveau slogan est proposé : « Rien pour les ODD sans nous » (« Nothing about SDGs without us ») qui s'ajoute à « Rien pour nous sans nous » (« Nothing about us without us ») !

A l'issue de la conférence, l’APF, via la délégation du FEPH, rencontre le représentant de l'Union européenne. Un échange qui confirme l’importance de se saisir de l’Agenda 2030 comme un levier pour répondre aux questions d'éradication de la pauvreté en France.

Les tweets du jour

Au programme de la journée :

  • Une séquence plus institutionnelle sur l'importance de conduire des stratégies et une politique transversales au regard de la nature intégrée, indivisible et interdépendante des objectifs de développement durable (ODD).
  • Une après-midi consacrée à la mise en place de sciences politiques et recherches dédiées (coopération entre monde politique et milieu de la recherche) et à l'émergence des questions nouvelles.
  • La conclusion des débats de la 1ère semaine par le Président du Conseil économique et social de l'ONU (Ecosoc), Frederick Musilwa Makamure Shava, et le Secrétaire général adjoint aux affaires économiques et sociales de l'ONU, Wu Hnngbo.

Quatre points à retenir :

  1. L'importance de mettre en place des actions positives/correctives pour les groupes vulnérables et exposés : il y a encore aujourd'hui des groupes « plus à risque » d'être laissés de côté, les personnes en situation de handicap, explicitement citées, en font partie si l'on ne met pas en place des actions correctives.
  2. La santé et l’éducation, deux aspects fondamentaux pour éliminer durablement la pauvreté : l'absence d'une couverture santé universelle, une éducation primaire et secondaire gratuite sont des menaces et devraient être pleinement prises en compte par les plans d'éradication de la pauvreté.
  3. L'importance de développer des instruments de mesure fiables, sûrs, précis et partagés.
  4. La problématique des femmes et les filles : elles sont affectées par les changements et les catastrophes climatiques et le manque d'opportunités générales. Les Etats membres devraient proposer des mesures pour l'émancipation des femmes et des filles.


Une journée chargée pour l'APF :

  • Participation de Pascale Ribes, vice-présidente de l’APF, au tournage d'un film court de 7 mn qui mettra en valeur l'universalité de l'Agenda 2030 et l'importance transversale des ODD pour l'avenir, l'inclusion et la prise en compte des personnes en situation dans notre société. Cette vidéo mobilise tous les représentants des différentes organisations des personnes en situation de handicap présentes la première et la deuxième semaine du Forum.
  • Participation de l'APF à un temps de réunion organisé en urgence par International Disability Alliance (IDA) avec International Labor Organization (ILO  > ONG qui associe les employeurs, les salariés et les gouvernements) et des représentants (chercheurs) du groupe de Washington (WG). Objet de la réunion : la détermination des données à collecter pour garantir le pilotage, la mise en œuvre et l'évaluation de l'agenda 2030.

 

A savoir - Le Forum politique de haut niveau se poursuit du 17 au 19 juillet. Il accueillera surtout deux évènements majeurs :
- La revue volontaire nationale. La France a fait partie du premier groupe qui est passé en revue l'an passé.
- La déclaration ministérielle  qui aura lieu mercredi et est très attendue. Quelle sera la place accordée au handicap ? A suivre.

En conclusion :
En participant au Forum mondial de haut niveau sur l’éradication de la pauvreté, l’APF a porté haut et fort la parole des personnes en situation de handicap et s’est positionnée à un niveau international.
Les travaux menés sur les ODD renforcent notre plaidoyer et sont de véritables leviers transversaux pour changer concrètement la vie quotidienne des personnes.

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